Tuto shibari 13 : la connexion et le lacher prise 9


Je reçois souvent des messages de gens curieux de découvrir le shibari parce qu’ils sont hyper stressés ou au moins très dans le contrôle de leur vie et qui pensent que le shibari peut leur servir à aller au delà de leurs propres angoisses. Je lis aussi beaucoup de chose sur « la connexion », sans trop savoir de quoi on parle exactement mais une chose est sûre c’est indispensable et si tu n’y arrives pas tu es un mauvais attacheur, peut importe ta technique ou tes envies.

Alors est ce que les choses sont réellement aussi simples, voire simplistes?

On touche là à deux notions intangibles et presque mystiques du shibari. Tout n’est pas forcement simple à expliquer, à conceptualiser et c’est bien la partie que j’ai le plus de mal à expliquer lorsque je parle de shibari à des personnes qui découvrent totalement la pratique. Je vais essayer toutefois de vous parler de ces notions, de voir comment on peut les atteindre et leur importance réelle.

Commençons par un poncif à priori le plus commun quand on évoque le shibari et qui est souvent l’aspect qui amène le plus de réticence : la liberté. Ou plutôt la contrainte. Enfin les deux faces d’une même pièce.

En tant que néophyte ou observateur, l’attache, c’est celle du prisonnier, celle qui impose un état où plus rien n’est possible et souvent prémisse du pire. C’est normal, on a tous vu des films, lu des témoignages historiques … Sauf que nous sommes ici dans une pratique sexuelle, et si torture il y a c’est dans un sens BDSM, à savoir consentie et appréciée. L’attache n’est donc pas tant une contrainte pour la personne attachée mais une aide à la concentration sur ce qu’il est en train de vivre et de ressentir L’attache devient facilitatrice et un catalyseur d’émotions. Elle va créer un cocon protecteur, enveloppant, chaud qui met en confiance, permet de se détacher de tout le superflu et de se concentrer uniquement sur son esprit. Un cours de méditation Zen en accéléré en somme.

C’est important de comprendre cela car cela va influer sur votre pratique même. dans l’accompagnement tout au long de l’attache et dans l’after care qui peut être long et surtout la libération de l’emprise de la corde va être extrêmement frustrante et créer un manque.

Maintenant essayons de définir et de voir comment arriver à ces deux notions de lâcher prise et de connexion, en quoi elle sont importantes.

La connexion

Le Saint Graal de toute personne qui pratique les cordes.

L’orgasme du libertin, s’il n’est pas atteint c’est forcement décevant.

Mais peut-on réellement atteindre la connexion avec n’importe qui, en n’importe quelle circonstance ? La réponse est dans la question vous vous en doutez. Mais d’abord de quoi parle t on réellement à travers la connexion?

Si la corde permet à la personne attachée de s’évader mentalement, il faut pour cela l’aider et y porter une attention énorme et de tous les instants (à ce propos je vous recommande la lecture de Workshop de Bingo Shigonawa 紫護縄びんご : philosophie du ZANSHIN 残心 SHOSA 所作).

La connexion c’est cela, porter toute son attention à l’autre, ressentir ses émotions sans échanger un mot mais plutôt en étant attentif à ses frémissements de peaux, ses contractions musculaires, ses changements de rythme de respiration … autant de petits signes qui sont des marqueurs évidents de plaisir ou de déplaisir, de ce qu’il faut continuer, arrêter ou amplifier.

C’est ce qui fait toute la force et l’unicité du shibari. Et qui donnera à votre partenaire des émotions uniques, le Zanshin, mettre tout son cœur, ne jamais relâcher l’attention ni se déconcentrer. C’est avec la maîtrise de cette notion que vous atteindrez la connexion. Evidemment c’est plus facile avec un partenaire que l’on connait bien mais avec de l’entrainement cela peut se faire aussi avec des inconnus. Soyez attentif, débriefez après pour savoir ce que vous avez perçu de l’autre et à quel moment, et surtout ce que vous n’avez pas réussi à percevoir. Lorsque vous maîtriserez cela, vous pourrez aussi le guider vers les sensations que vous souhaitez qu’il ressente. Mais c’est avant toi de l’entrainement, un travail d’empathie, de sensibilité et d’ouverture. Rien n’est automatique ni facile et la moindre difficulté relationnelle avec une personne peut tout bloquer.

 

Le lâcher prise

Là aussi, il faut accepter qu’il n’y a pas d’automatisme en la matière. A la fois le talent individuel et l’osmose à deux qui va pouvoir se créer à un instant T sont des composantes fortes pour atteindre ou non cet état, qui ne le cachons pas, peut faire énormément de bien psychologiquement aux personnes attachées.

En préliminaire j’avais abordé la notion de d’environnement enveloppant, protecteur, que va créer la corde. Mais pour qu’une personne s’abandonne réellement entre vos mains ou vos cordes il va falloir un peu plus que cela. Créer une ambiance, par le son (musique douce ou absence de bruit), par les gestes protecteur, les attentions rassurantes, les intentions, la distance entre les corps (la proximité facilitant la pénétration de la sphère intime), le rythme de l’attache (telle une musique, avec des variations de tempo, parfois lent, rapide, impactant …). Tous ces petits détails qui vont faire que la personne attachée ne se concentre plus que sur vous, vos gestes, la corde. Et surtout que rien ne contribue à la sortir de cet état. Alors seulement le lâcher prise peut intervenir.

En s’abandonnant totalement, corps et esprit, la personne parvient à un état qu’on appelle « Subspace » en BDSM, qu’on pourrait comparer à une sorte de transe hypnotique. Un état de conscience modifiée. Pas évanoui, mais plus totalement présent. Il faut être d’autant plus vigilant dans cette phase, car si elle est très forte en émotions, il faut garder en tête que :

  • la personne n’est plus nécessairement en état de consentir à quoique ce soit et peut accepter n’importe quoi, mieux vaut donc avoir discuté des pratiques avant,
  • la personne peut avoir des réactions imprévues (tremblements, spasmes, peurs …) il faut donc être prêt à réagir et à protéger en permanence, à stopper et à accompagner au moindre danger.
  • le retour à la réalité est parfois long, il faut être au petits soins après : une couette, un verre d’eau, une boisson chaude, discuter ou au contraire se taire… souvent le corps va réagir par des excès de chaleur ou de froid. Un contact rassurant (tenir la main, caresser les cheveux …) aide aussi énormément.
  • ne laissez jamais une personne seule en état de subspace ni en redescente, toujours garder un contact visuel, vous etes le seul garant de sa sécurité.

Mais il n’y a pas de miracle, un soucis personnel de l’un ou l’autre, un inconfort quelconque peut empêcher de s’abandonner ou ramener à la réalité.

 

 

Les notions de Zanshin et Shosa développées par Bingo Shigonawa lors de son workshop contribuent énormément à pouvoir atteindre ces états. Je vous encourage fortement à lire cet article et à essayer d’étudier et de vous inspirer des concepts qui y sont exposés.

La photo d’illustration est extraite de ce shooting : Selena dans mes cordes : Chat et shibari


 

Retrouvez d’autres tutoriels sur le shibari ici : https://boudoirshibari.com/category/tutorial-shibari/

Le shibari reste une pratique dangereuse et je vous conseille de l’apprendre dans un lieu sécurisé avec des professionnels. Un tutoriel ne vous donnera jamais les tensions exactes à appliquer sur les cordes ni ne corrigera vos erreurs. Il existe plusieurs structures en France qui donnent des cours, n’hésitez pas à vous rapprocher de l’une d’entre elle pour apprendre et vérifiez qu’elle dispose bien des assurances adéquates pour exercer.

 

 

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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9 commentaires sur “Tuto shibari 13 : la connexion et le lacher prise

  • Renaud

    Tout d’abord félicitations pour ce tutoriel qui aborde des points essentiels et en même temps très difficile à décrire. Je ne suis pas spécialiste en shibari ou en BDSM comme tu le sais par contre mon métier, ma vie devrais je dire, est justement basé sur les deux points que tu énonces avec justesse.
    Dans ton descriptif et dans ce que j’ai pu en voir et en ressentir on est très très proche des transe chamanique ou de certians états de méditation profonde à la fois pour l’actif et le passif

    Je pense qu’un élément essentiel et le pourquoi, ou du moins l’intention de départ à la fois de l attacheur et de l’attaché. Même si cette intention n’est pas explicite et consciente une mise à plat avant et une mise en préparation me semble essentielle.
    Si l’esprit est perturbé, trop décentré, que ce soit chez l’un ou chez l’autre il me semble bon de prendre un temps pour se recentrer en soi puis de ce centrer à deux sur un espace commun qui grandira au fil de la cession ? Qu’en penses tu ?

    Le truc rigolo c’est que les recommandations que tu donnes notamment pour le « après » sont exactement celle que je donne pour le après massage ou après transe. Comme quoi les outils changent mais le point à l’horizon reste le même.
    Prend soin de toi et bonne route

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      J’associe aussi cet état à la transe (de la méditation Zen aussi, je pense qu’on pourrait trouver d’autres état de concentration intense qui les rejoignent, arts martiaux Kendo, Kyudo…, certaines pratiques BDSM …) et je ne suis pas étonné que tes recommandations pour l’après rejoignent les miennes. D’autant que ta conception de l’attention et de la protection de l’autre rejoint la mienne (on est pas amis pour rien !).

      Effectivement l’intention, l’état d’esprit sont primordiales et les cours japonais insistent énormément sur cet aspect des choses, au moins autant que les cours de techniques pure, si ce n’est plus. La technique n’est là que pour être safe, l’intention c’est ce qui crée l’émotion. et c’est aussi le plus difficile à maîtriser. Cette intention, le « Zanshin », les maîtres du tir à l’arc japonais, le kyūdō (弓道), considèrent que pour le maîtriser il faut une vingtaine d’années de pratique. Et effectivement il faut que la personne attachée soit réceptive et non en opposition, même si là aussi il y a des gestes d’apaisement, de mise en confiance qui existent. La seule différence, c’est que de ce recentrer sur soi n’est possible qu’avant, une fois que la « danse » a commencé il devient impossible de relâcher son attention, du moins si on ne veut pas gâcher l’atmosphère créée.