Rage 29


Tu devrais penser à te faire plaisir pour une fois, m’a-t-elle dit.

Me faire plaisir ? Une sensation immense de vide m’a envahi.

Me faire plaisir ? Mais comment, qu’est ce qui me fait plaisir ?

J’ai toujours été ce qu’on attend de moi. Depuis toujours, mes parents, mes amis, mes amours, mes amantes. Faire plaisir, être heureux du bonheur de l’autre. Mais moi dans tout ça ? Qu’est ce qui me ferait réellement plaisir ? Même quand je baise, je me nourris du plaisir de l’autre.

Alors comment s’étonner du vide en moi. N’y a-t-il pas un côté pathétique, imposteur à cette vie a attendre la reconnaissance, l’amour, l’attention de l’autre. Tétanisé par mes peurs. Désespéré d’être quelqu’un d’autre que moi-même ou d’être un idéal que je ne serai jamais.

Cinq ans que je traine ma culpabilité, mes erreurs, mes envies coupables, trop lâche pour en finir définitivement. Trop poli pour dire non lorsque je n’ai pas envie, trop transparent pour faire partie d’un groupe. Trop dépendant à l’amour. Trop peur d’être encore abandonné.

Trop de rage en moi, pas assez de confiance.

Hurler mes peurs pour ne plus les subir. Libérer ce flot de larmes et tristesse, le déverser au loin. Je n’ai pas écrit depuis longtemps, j’ai tout enfoui en moi. Mais c’est insupportable, il faut que je dépasse cela, que je ne sois plus désespérément en attente d’attention.

Accepter qui je suis, premier pas pour ne plus que l’on me demande encore de changer, de m’enfermer dans des cases qui ne sont pas les miennes.

Me faire plaisir ? Je ne sais pas si j’y arriverai, si je saurai faire. Mais si je dépasse déjà mes obsessions, mes névroses, mes peurs qui m’obsèdent, la peur de l’autre en premier lieu, de la souffrance, de la solitude, de l’abandon, de la dépression, de la mort. Si j’évacue enfin tout ça, il y aura à nouveau de la place.

De la place pour quelqu’un, pour une belle histoire, pour de la couleur. Et peut-être que j’éviterai de tout gâcher en ne cherchant pas qu’à faire plaisir.

Peut-être que je n’aurai plus peur de souffrir, quand j’aurai évacué cette rage en moi. En espérant que ce ne soit pas aussi mon énergie créatrice. Serai-je encore capable de faire de belles choses si je suis heureux, n’est-ce pas finalement une forme de compensation ?

 

Photographie d’illustration : Emmanuel Créateur

 

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels

Amateur d’arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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29 commentaires sur “Rage

  • caroline

    Je vous suis de loin depuis un moment …Lire votre détresse , entrevoir vos démons est un choc ! Je suis dans une phase de grands bouleversements , c’est effrayant mais salvateur croyez moi ! Je vous souhaite de trouver la force d’être vous même…enfin ! Courage !

  • Renaud

    N’essaye pas de te faire plaisir, c’est impossible
    Impossibilité du moment
    N’essaye pas d’être toi même, c’est déjà fait
    Une autre impossibilité d’un moment
    N’essaye pas juste soi
    Soi triste, colère, pathétique, marchand de sable ou fleuriste cela n’a pas vraiment d’importance, soit ce que tu as à être ici, là, de suite, sans réfléchir.
    Tu as envie de rire, c’est un enterrement, ris à l’intérieur tu verras c’est pareil ca pleure pareil. Et puis en sortant va boire une mousse, emmerde la fille à ta gauche en lui demandant l’heure. Elle t’ignorera, tu reviens d’un enterrement, le tien, alors ris de son arrogance qui cache ses peurs
    N’essaye pas d’être toi tu l’es déjà et tu es bien au delà de tout ce que tu imagines ou t autorise à imaginer.

    Tu as peur de perdre ton énergie créatrice ? Que ce que tu dis être de la rage est le prix à payer ?
    Ce n’est pas de la rage, juste de la peur interdite. Tu as peur de l’autre ? Mais qui est l’autre le reflet de nous même sans amour
    Nous n’avons peur que d’une personne nous même… nous s’aime.

    Un prix à payer bien sur qu’il y en a un mais la guerre ou la peur de Soi n’est pas ce prix.
    Le prix est bien plus élevé pour créer, exister, ce prix ca s’appelle les autres. La solitude, pas l’isolement, est le prix à payer. Mais parfois au détour d’une bouche de Métro, dans un petit appartement vers Oberkampf ou le Kremlin Bicetre on decouvre dans un regard un collègue de chemin, un frangin, une soeur d’une autre vie. On chemine, on se claque une bise et on reprend sa route. Un peu triste un peu joyeux plein d’envie d’aller plus loin capter le mystère de la source.
    Mais ce chemin s’arpente seul même en douce compagnie, il s’arpente seul.
    Plein de courage pour ce chemin qui se déroule chaque jour et c’est cool que t’ecrives « ta joie triste d’Être »
    Prend soin de toi

      • Renaud

        Je sais c’est une de mes nombreuses qualités 😉
        Je veux bien rassuré un enfant mais je sais que tu es un Ad-ulte le minimum que je te doive c’est mon maximum de sincérité.

        Comme, il me semble, avoir traversé les même états que toi j’essaye de te dire que de l’autre coté du miroir, de la porte, c’est super cool, pas du tout pareil que l’ancien mais super cool quand même.
        Bon après c’est clair que le coté romance, gouzi gouzi et tout le reste ca y est moins mais …. l’ensemble est bien plus goutue 😀

        oui oui je comprend bien l’utilisation de Rage, c’est une énergie qui déchire les entrailles tant qu’elle est contenue mais qui une fois accepté, vécu et surtout exprimer et transmuter te permet de relever tout les défis et de rester soi quand tout te dis de plier.
        J’aime bien cette énergie. Allez je vais te rassurer en citant un poêt, leo Ferré, un grand comique :
         » Le desespoir est une forme supèrieure de la critique, pour l’instant nous le nommerons bonheur … »
        Des gros, vraiment gros, bisous
        Tout va bien

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Le mot « Rage » je l’ai choisi pour plusieurs raisons : l’envie d’hurler et de taper du poing dans les murs, la maladie car j’ai l’impression d’avoir les entrailles bousillées à force de tout contenir et de subir et enfin le roman éponyme de Stephen King qui m’avait beaucoup parlé adolescent

  • Rose


    Je vous mets un petit cœur parce que je dois trop fréquenter insta (je crois que j’en ai bousillé mon vocabulaire). Je pense que quelqu’un qui se met un peu à nu et parle avec ses tripes mérite toujours de l’attention alors un petit cœur tout simplement pour dire que, si légère puisse-t-elle être sur la toile, vous avez eu la mienne pendant la lecture de ce billet. Je vous souhaite de la couleur, bien qu’elle soit forcement déjà là quelque part, et de pouvoir méchamment vous vautrer dans la douceur qu’elle apporte. 🙂

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Merci beaucoup, un petit cœur c’est déjà beaucoup, c’est déjà la preuve qu’on existe et qu’on ne hurle pas dans le vide. Je ne suis malheureusement pas sur Insta, je perds déjà trop de temps sur Facebook et Twitter 😀

  • Lorraine Paule

    C’est idéal oui… Ce fichu lâché prise est somptueux. Il n’y a jamais aucune chaîne en soi qui ne peut se dénouer lorsque l’on écrit. Et parfois après avoir couché ses mots… Il y a en soin un bien être absolu… Une légèreté providentielle. Je te souhaite tout cela et ne peut que t’encourager à poursuivre. D’autant que ici (je t’ai déjà lu avant) le rendu me fait dire que ce fameux lâché prise libertaire est bien là… hâte donc de te lire un peu plus ! C’est pour soi qu’on écrit. Jamais penser ni au rendu ni à ce qu’on couche ni au lectorat. Ainsi.. Là ça apporte.