Froid 9


Le froid, trop de froid.

La nuit.

Les lumières orange crasseux de la ville.

Une musique triste dans les oreilles, parce que c’est la seule chose acceptable, parce que tout est sale et puant.

Les gens passent autour sans vie. Des êtres qui se croisent mais qui ne se regardent même plus.

J’ai perdu l’envie mais j’aimerai y croire encore.

Pourtant en levant la tête, il y a l’architecture, le ciel et puis les étoiles. Le rêve à portée d’œil.

Une trêve dans tout cela ferait du bien.

La beauté n’est pas que derrière moi, le temps file, parfois l’espoir aussi, comment l’arrêter ?

Mes pas trainent dans la rue, dans cette ville qui n’est pas la mienne, dans cette vie qui m’est vaine.

Une porte imposante, lourde. Un peu de chaleur.

Une musique douce entrainante, des visages souriantes, sans doute forcés mais présents. Des lueurs de bougies qui donnent des éclats rougeoyants.

Un instant, un souvenir, une odeur.

Gravés là à tout jamais.

Un rien.

Un tout.

Fugace, improbable, irréalisable.

Un moment qui s’arrêtera mais qui s’étire encore un peu.

Rien n’est prévu.

Résister.

Ne pas céder.

Pourquoi, pourquoi pas, l’envie.

Un geste, encore un parce que c’est irrésistible.

Ce reflet hypnotisant.

Le temps qui se suspend dans la douceur de ce geste. Oublier qu’il va bientôt se terminer.

Et puis le froid à nouveau. Des pas dans l’obscurité, il n’y a plus grand monde désormais, la musique est toujours triste. Parce qu’elle hurle la rage, la peur de la solitude, du vide, de l’absence.

La souffrance vaut mieux que la mort. La souffrance c’est être encore vivant, c’est hurler pour aller mieux. Mieux vaut encore ressentir quelque chose plutôt que le néant. Parce que de la souffrance émergera toujours un idéal.

Patienter.

Espérer.

L’idéal viendra, probablement.

Mes belles années ne sont pas derrière moi, pas encore. Oublier mes regrets, avancer encore.

Les lumières de la ville m’enveloppent, bientôt ce seront mes draps, fini le froid, le froid extérieur. A l’intérieur c’est déjà le brasier. Le jour se lèvera dans quelques heures.

 

 

Photographie d’illustration : Emmanuel Créateur

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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9 commentaires sur “Froid

  • Lorraine Paule

    Il y a parfois une infime part… infime car on ne la ressent plus vraiment qui reste qu’on le veuille ou non en nous. Cette étincelle est alors en latence. .. Elle n’est pas éteinte mais brille juste un peu moins. Allez… big léchouilles au passage ! (Histoire de se réchauffer hein )

  • Clea Fauve

    « La nuit n’est jamais complète
    Il y a toujours puisque je le dis
    Puisque je l’affirme
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
    Une fenêtre éclairée
    Il y a toujours un rêve qui veille
    Désir à combler faim à satisfaire
    Un cœur généreux
    Une main tendue une main ouverte
    Des yeux attentifs
    Une vie la vie à se partager. « 

  • Rose

    J’ai vu votre photo de profil et, grâce à mon super pouvoir de déduction, j’en ai déduit que vous n’aviez pas 99 ans. Il vous reste encore un peu de souffle pour, je ne sais pas, accéder à une autre vue. 🙂

    Moi aussi je regarde souvent l’architecture, le ciel et les étoiles, en changeant régulièrement d’angle (c’est très douloureux de contorsionner ma nuque à force) et je me dis le truc le plus banal de l’univers quand je le fais, genre « on est vraiment pas grand-chose »… mais ça me rassure assez de faire partie d’un tout. Parce que j’ai envie d’y participer à ma manière. Pas parce que je crois très fort en quelque chose (même si mon esprit est rempli d’utopies), ni que je me sente particulièrement utile (si ce n’est à mon chat et à deux ou trois personnes… et je compte ma mère dedans :o)) mais tout simplement parce que j’en ai envie et que de l’envie peut naître de jolies choses. Je crois qu’on peut au moins espérer, voire être certain (quand même), de rencontrer, si ce n’est l’Idéal en package all inclusive à durée illimitée (sans s’interdire d’y croire pour autant), des jolies choses sur notre parcours qui apportent une joie qualitative.

    Ps : « j’y crois encore », bien que ce soit un gros tube du début des années 2000, je peux comprendre que ce ne soit pas tolérable de rester sur cette bande-son. 🙂