J’ai eu un enfant 5 ans 4


Je me suis très longtemps, probablement trop longtemps, considéré immature pour avoir un enfant. Il y a certes un grande part de manque de confiance en moi mais surtout je pensais qu’il était encore trop tôt pour moi et j’ai laissé passer les années en préférant la frivolité sans trop me poser de questions.

Et puis il a déboulé dans ma vie sans prévenir. Ce petit bonhomme de 4 ans qui m’a demandé de lui tenir la main à notre première ballade ensemble, dont les histoires étaient intarissables et pour qui un simple petit lacet sale devenait le plus puissant des dragons et méritait toute son attention et sa fascination. Il m’a fait rire, m’a ému. Il m’a adopté immédiatement et sans condition alors que je me posais un milliards de questions.

J’ai été un peu désemparé face à ce petit bonhomme fragile dont je n’étais pas le papa mais à qui je devais faire une place. Quelle place, comment, quelle limite ? Des questions bien adultes alors que lui m’a aimé sans limite dès le début.

Beau papa. Voilà ma place. Parce que je suis beau je lui disais et ça le faisait rire. Moi ça me permettait d’être aussi son papa, de le considérer comme mon propre fils et de ne pas limiter mon amour. Beau papa, c’est la place batarde, c’est celui qui n’est rien. Celui qui aime, qui gère une partie du quotidien mais qui aux yeux de la société n’existe pas. Pourtant le lien affectif est bien réel.

On ne peut pas aimer à moitié. Ou peut-être qu’on peut mais j’en suis incapable. Il a toujours été une priorité pour moi. J’ai aussi essayé de lui transmettre mes passions, mon savoir. Le Japon, les jeux vidéo, les manga, les sciences. Parfois je me voyais à son âge à travers lui.

Tous ces moments ont été intenses et purs. Un enfant ne ment pas sur ses sentiments.

Et puis vient le temps de la séparation. Le temps où tout se déchire et plus rien n’a sa place. Le temps où le mot beau-père prend toute sa signification. Beau-père c’est celui qui n’est rien. C’est celui qui perd tout d’un coup sans avertissement. Celui qui regarde la chambre vide et n’a qu’un droit, celui de pleurer seul. Celui qui doit s’effacer pour lui permettre de faire sa vie ailleurs.

Je ne sais pas si un jour j’aurai le bonheur de faire un enfant, d’être papa, c’est une joie qui me fuit systématiquement jusqu’ici. Mais j’ai eu un enfant pendant 5 ans. Je n’en regrette pas une seconde. Je l’ai aimé comme mon propre fils même si ça n’a pas été simple de trouver ma place. Et aujourd’hui il est la personne qui me manque le plus au monde.

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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4 commentaires sur “J’ai eu un enfant 5 ans

  • Douce

    Votre témoignage est émouvant, d’autant plus que beaucoup d’hommes ont des pudeurs qui les obligent, bien souvent, à ne pas toujours exprimer leur sensible, leur émoi. Frôler cette peine qui est la vôtre, dans l’intime de vos mots, est troublant et touchant. Un jour, cet enfant, se souviendra de vous c’est certain. Car l’amour que l’on donne laisse en chacun de ceux qui le reçoit des traces indélébiles. Soyez en convaincu. Et un jour, un jour, surement, vous serez père à votre tour. Je vous le souhaite. Pour autant vous n’oublierez pas cet enfant. J’en suis persuadée. Et puis…. Platon le dit mieux que nous tous  » Il y a une admirable énergie dans l’obstination de la douceur. » Gardez la vôtre, elle vous fera grandir en tant qu’homme.
    Bien courtoisement.

  • Charlie

    Ca fait du bien Emmanuel de voir l Humain derriere l esthète merci pour ça. Après que te dire ? Les mots sont toujours trop courts, trop « adultes » pour servir vraiment à quelque chose. Peut être juste que Beau Papa comme tu l’as été c’est peut être ça être vraiment parent aimer sans retenue, aimer sans rien attendre en retour, aimer sans avoir aucun espoir de retour sur investissement, être juste là, présent, actif et pourtant impuissant.
    Les parents espérent de l’amour en retour toi tu as juste donné le tien avec dans le coeur la connaissance d’une fragilité d’une fin attendue. C’est, pour moi, vraiment ça AImer. C’est ce qui fait de toi un Humain. Ton coeur s’arrache, ton âme souffre et pourtant tu es toujour là, las peut être aussi mais tu vis, tu pleures, tu riras, bien sur que tu riras, la vie trouve toujours le chemin du rire.
    Ferme les yeux, regarde cet enfant qui au delà des tribulations adultes a reçu le bien le plus précieux au monde l’Amour enfantin d’un Ad-Ulte. Sois heureux, pleure à en détremper tes cordes et affranchis toi des liens raisonnables qui nous font croire que quelque chose et finis parce qu’il ne peux plus être mais pour paraphraser Lovecraft : n’est pas mort ce qui a jamais dort et au fil des temps Il triomphera même de la mort. Ton, votre Amour, l’un pour l’autre est toujours. Il n’y a rien d’autre qui compte. Belle route à toi.

  • Sha

    C’est terriblement triste j’en ai les larmes aux yeux pour tout vous dire…
    Mon petit bonhomme à 4 ans et je viens de lui trouver un vrai papa, lui qui ne sait pas ce que c’est (mieux vaut ne pas avoir de papa du tout qu’un papa violent…).
    Il est inconcevable pour moi que ce lien qui nous fait tant de bien à tous soit un jour déchiré…
    Mais hélas le lien beau parent/enfant doit souvent donner de tristes séparations comme vous l’avez subit…c’est cruel.