Interview d’Eve de Candaulie : libertinage et féminisme 2


Lorsque nous t’avons rencontrée, un point semblait essentiel dans ta vie et dans ta sexualité : la liberté. Certaines de tes publications sont aussi en rapport avec le féminisme.

1/ Mais qu’est-ce que le féminisme pour toi ? Comment cela impacte ta vie de tous les jours.

Il a existé et il existe bien des féminismes. Moi, je me place dans l’optique de vivre ma vie avec le moins de contraintes possibles, en conscience, en connaissance de cause des normes, de leurs fondements, de leurs conséquences. Mon féminisme c’est d’avoir le choix pour déterminer « qui je suis » et « dans quel but ». Je décide, intentionnellement, de suivre ou de ne pas suivre la norme pour une occasion ou une autre. Par exemple, si j’ai envie de séduire un ou plusieurs hommes ou femmes, ça me plaît de m’habiller sexy : bas couture, dentelle, voiles, pas de sous-vêtements, une micro jupe, un top ouvert sur les seins… J’aime le sexe, j’aime séduire, j’aime faire monter la tension pour une connexion intense. Et quelques heures après, je peux être aussi en t-shirt en coton et pantalon en stretch pour un cours de yoga. Je vis mon corps de femme au quotidien avec beaucoup de confiance en moi, plein d’interrogations sur la vie en général. Concrètement, je connais une grande partie de mon corps et je ne cesse de l’explorer, je ne gagne pas moins qu’un homme, j’ai un niveau d’éducation avancé (ce qui permet de ne pas complexer sur ce que je ne connais ou ne sais pas encore parce qu’il y a moyen la plupart du temps de découvrir et d’apprendre), j’ai le sens des responsabilités, je mesure l’impact de mes actes et dires sur autrui, et surtout… je fais plein d’erreurs (donc comme j’en ai conscience, j’essaye de ne pas les refaire trop souvent). En résumé mon féminisme est très personnel, c’est d’être, de vivre avec le maximum de libertés possibles sans dépendance trop forte vis-à-vis d’une personne ou d’un groupe de personnes. Je précise que je suis athée, ce qui facilite déjà grandement l’imperméabilité aux diktats.

2/ Quel est l’impact de ton féminisme dans ta sexualité ? Et dans ton couple ? 

Mon mari est sans doute plus féministe que moi, ce qui m’aide beaucoup dans la vie de tous les jours. Il m’a toujours aidée à valoriser mon corps de femme, à me sentir à l’aise avec mes formes, avec mes envies sexuelles, mes préférences, mes fantasmes. Il n’y a pas de jugement entre nous, on essaye de se comprendre et de se rendre heureux, c’est déjà tout un programme. Dans ma sexualité, il n’y a pas d’enjeu de pouvoir. Je peux être soumise, comme domina, pénétrée ou pénétrante, active ou passive. Tout est possible, on ne m’a pas assigné de rôle, ni dans ma vie, ni dans mon couple, ça c’est féministe.

3/ Peut-on se débarrasser du patriarcat dans nos fantasmes ? 

Ahhhh… Ça c’est une question épineuse. On ne contrôle pas nos fantasmes et il faut respecter ça, ne pas en avoir honte, les écouter, comprendre en quoi ils nous excitent, en quoi ils sont réalisables ou pas, en quoi ils sont éthiquement acceptables ou pas pour nous. Je ne juge pas mes fantasmes, leur fonction est de me faire fantasmer. Mais c’est sûr que la BD par exemple qui regorge de fantasmes issus du patriarcat m’excite beaucoup. En gros, tu as la contrainte, le viol, l’humiliation, qui visent à avilir une personne pour le plaisir d’une autre avec un consentement obtenu souvent par de la manipulation psychologique. C’est un peu comme les programmes télévisuels qui parlent plus de faits divers, de catastrophes, que d’avancées positives. Je ne connais pas l’origine du phénomène… Il faudrait demander à des sociologues une étude sur les fantasmes selon les civilisations… ça nous permettrait de relativiser les nôtres et de ne pas les voir comme inéluctables.

4/ les clubs libertins ne sont-ils pas par certains aspects encore trop contraignant pour les femmes? Je suis toujours étonné de voir de nombreuses femmes s’habiller de la même façon (bas noir, mini robe moulante noire …) pourquoi dans un espace qui devrait être celui de la liberté, instaure t on inconsciemment d’autres conformismes ?

Le libertinage, au sens où il est pratiqué aujourd’hui, n’est pas synonyme d’altruisme ou de respect de l’altérité. Les clubs sont à l’image de la société, ni plus, ni moins. On rentre dans des cases les gens qui se ressemblent pour qu’ils se reconnaissent entre eux et se fassent confiance. En résumé, si je fais attention à ma toilette, à mon allure, j’aimerais que les personnes que je côtoie en fassent de même. Le club sert de filtre pour ne pas se retrouver avec des relous irrespectueux des femmes, c’est déjà beaucoup. La question de la tenue est très relative, il faut être sexuée. C’est vrai que l’on ne peut pas rentrer en pantalon pour une femme en club, mais personne ne dit que l’on ne peut pas rentrer en club vêtue uniquement de chainettes de corps, ou d’une mini-jupe transparente : on ne verra ça nulle part ailleurs. Les clubs sont très ouverts aux excentricités, aux petites folies. L’idée est quand même de s’évader du costume gris ou du jean du quotidien.

 

5/ Est-ce que tu peux jouer avec des partenaires qui sont ouvertement anti féministes ?

Anti-féministe ? C’est rare que je rencontre des hommes anti-femmes. En revanche parfois, je rencontre des hommes qui veulent prendre le pouvoir sur moi, m’imposer leur façon de faire, quelque part leur façon d’arriver à jouir. Je peux le comprendre, mais ça me coupe mon excitation. Si je ne peux pas dire non, si la personne n’a rien à faire de ce que je peux ressentir… c’est mort. L’estime qu’elle n’a pas pour moi, j’ai du mal à l’avoir pour elle, donc sans confiance, pas de lâcher prise possible pour moi. De façon plus modérée, si le mec est juste bourrin, mais que sexuellement il me fait vraiment décoller : ça se discute.

6/ Si je dis : Eve, féministe, libertaire et libertine, ça t’inspire quoi ?

C’est amusant, à la création de mon site, j’avais écrit comme baseline « Eve de Candaulie, libertine et libertaire ». Je vis féministe, libertine et libertaire, c’est un état de fait, pas une revendication. Je suis comme je suis, polymorphe, sexuellement polyvalente, « arc-en-ciel » pour reprendre une jolie expression de Nathalie Giraud qui est sexothérapeute. Comme dirait Indochine : « Moi, je veux vivre… vivre, un peu plus fort ».

 

Photos publiées avec l’aimable autorisation de Eve de Candaulie.


Pour découvrir l’univers d’Eve de Candaulie :

Blog :http://evedecandaulie.fr

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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