Article dans le magazine Wyylde 6


Retrouvez moi dans le numéro 2 du magazine Wyylde dans un article consacré au BDSM.

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Et comme tous mes propos n’ont pas été retranscrits dans le magazine, en voici l’intégralité :

– Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Pourquoi avoir monté le blog « Manger Baiser » ? Quelles en sont les lignes directrices ?

Je suis Emmanuel Créateur, trentenaire, libertin, Dominant, pratiquant le kinbaku (forme de bondage japonais avec des cordes naturelles pour en donner une définition simplifiée). J’aime l’artisanat (mon pseudonyme est une référence directe à ceux qui savent créer de leurs mains, en particulier les artisans du cuir, des tissus…etc. que j’aime tant), la gastronomie, l’élégance et le Japon. Je suis en couple avec L’Onirique, ma compagne et soumise.

Mangerbaiser-blog.com c’est notre blog où nous partageons toutes nos passions. L’objectif était de faire un blog qui nous présente entièrement, pas de faire un énième blog sexuel où l’on omettrait tout le reste qui nous anime. Ainsi c’est nous sans faux semblant.

J’aimerai que ce blog aide à prendre conscience que le BDSM, le libertinage, le kinbaku ne sont pas des déviances mais des pratiques comme les autres, qu’elles ne sont pas incompatibles avec la culture, l’élégance et la recherche esthétique. Mangerbaiser-blog.com c’est avant tout un blog hédoniste où le plaisir sous toutes ses formes est le mot clé.

– Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la domination ? Et au kinbaku ?

C’est une lente construction influencée par de nombreux éléments. De la littérature que je lisais adolescent : Sade et Laclos en particulier, des clubs libertins et BDSM dont j’entendais parler sur les libres antennes à la radio (mais que je n’imaginais pas vraiment fréquenter régulièrement adulte) et surtout le film de Nagisa Oshima : l’empire des sens que j’ai vu à cette période également et qui a définitivement marqué mon amour pour le Japon et sa culture.

Je voyage régulièrement au Japon, tous les deux ans en moyenne depuis 2001, c’est une culture qui me fascine sur de nombreux aspects. C’est aussi avec une Japonaise que j’ai découvert le BDSM pour la première fois. Mais je n’étais pas prêt à l’époque. Cela a continué de se développer jusqu’à ce que je découvre le Kinbaku. Cette pratique est fascinante d’esthétisme et de sensualité. Elle n’en est pas moins dure et exigeante. La corde c’est un lien physique et métaphorique. Cela a été une grande porte ouverte. C’est ainsi que j’ai rencontré celle qui allait devenir ma soumise et ma muse, L’Onirique.

 

– Comment définiriez-vous le BDSM et sa philosophie ?

Je crois qu’il serait très réducteur de penser qu’il n’y a qu’une définition et une philosophie dans le BDSM. BDSM est déjà un acronyme cumulant un grand nombre de pratiques que chacun est libre ou non de pratiquer : relation Domination / soumission mais sans masochisme, bondage seul, service, fétichisme … et encore plus de sous catégories selon ses objets favoris : fouet, martinet, badine, corde … Il y a une telle variété qu’au final quasiment chaque membre de la communauté pourrait vous donner une définition et des pratiques différentes.

Dans ce que je pratique, il y a des notions qui me semblent indispensables. L’amour et le plaisir.

L’amour parce que le BDSM c’est avant tout ma relation amoureuse avec L’Onirique. Et si parfois nous l’incluons dans notre relation avec d’autres personnes, ce sont toujours des personnes qui comptent pour nous. Nous tissons toujours des liens importants au travers de ces pratiques.

Le plaisir, on pourrait penser que c’est le mien, mais c’est surtout celui que je vais procurer au travers de mes pratiques, un plaisir plus fort, plus intense, que souvent on n’éprouve pas dans une relation sexuelle plus classique. Certaines pratiques amènent à un état second, un état modifié de conscience dans lequel on finit par lâcher tout et par jouir vraiment plus fort. C’est cela pour moi l’essence du BDSM : ce plaisir tellement plus intense. Et c’est pour cela que l’amour m’est important dans ce partage.

– Selon vous, le livre et le film Fifty Shades of Grey reflètent-ils la réalité, les valeurs du BDSM ? Quelle image renvoient-ils des rapports homme-femme ? Ce phénomène mondial est-il symptomatique de plus de liberté sexuelle ou transmet-il de nouvelles injonctions déguisées au grand public ?

Cette série de livres / films est pour moi très problématique.  Autant je suis très favorable à la démocratisation du BDSM, surtout sa déculpabilisation, autant je souhaiterai que cela se fasse sur des bases saines. Ce qui est loin d’être le cas de Fifty Shades of Grey.

En effet la première base d’une pratique BDSM, c’est le consentement. L’accord mutuel préalable des participants dans les pratiques. Ce préalable n’est pas rempli dans Fifty Shades. Nous avons là un homme qui harcèle, poursuit et ne respecte jamais les refus d’une femme. Ces comportements ne sont pas ceux d’un Dominant. Ils sont répréhensibles et condamnables. Grey se comporte comme un harceleur et un violeur.

Il y a d’autres points dérangeants : le fait que Grey pratique le BDSM parce qu’il a subit des traumatismes antérieurs. Il ne le ferait pas sinon. Le BDSM n’est pas une thérapie ni une déviance. Encore moins une pathologie.

Enfin Fifty Shades véhicule, sous une forme certes moderne, de nombreux clichés dans lesquels on essaye d’enfermer les femmes depuis toujours. Un homme âgé, riche qui va s’attribuer une jeune vierge tel un trophée de chasse, sans considération pour ce qu’elle souhaite ou non. Elle-même est fascinée par le pouvoir et l’argent. Elle va le guérir de sa « maladie » et ils vont pouvoir vivre leur histoire d’amour monogame hétéro comme tout le monde. C’est n’est qu’un conte de fée moderne. Je n’y vois pas de libération sexuelle, bien au contraire. Je trouve cela tristement banal et aliénant.

 

Au-delà de Fifty Shades of Grey, comment expliquez-vous la popularisation du BDSM ?

Le BDSM qui se popularise est tellement loin de la réalité de celui qui se pratique. Ce BDSM populaire n’est qu’une retranscription de schémas séculaires de rapports hommes femmes de domination.

Nous sommes à une époque où les sociologues ont énormément décrit et théorisé ces problématiques (lire par exemple Pierre Bourdieu : la domination masculine) où les féministes continuent de se battre pour des questions primordiales comme permettre l’égalité dans les rapports sociaux et les salaires, arrêter les violences subies quotidiennement dans les espaces publics, faire prendre conscience du sexisme de nombreuses productions culturelles …

Peut-être que cela effraie certaines personnes de prendre conscience de ces violences diverses subies ou exercées du fait de notre éducation, de notre culture. Alors il est plus rassurant de s’évader de cette réalité et de s’enfermer dans une littérature perpétuant un schéma ancestral où l’homme a tout le pouvoir et la femme n’a qu’à obéir et à subir.

Alors que dans le BDSM pratiqué, nombreux sont les femmes et les hommes ayant de fortes convictions féministes. Probablement est-ce aussi là une conséquence de ce libre choix des pratiques qui amène à une réflexion sur soi, son corps et sur son rapport à l’autre. Avoir une sexualité alternative n’est pas contradictoire avec avoir des convictions personnelles.

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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