Tuto shibari : préparation de mon permier jeu de cordes japonaises 12


Quand on s’intéresse à un sujet particulier, vient un moment où l’on peut se passionner au point d’un certain fétichisme.

Prenons un parallèle plus commun. Je me suis passionné pour les souliers il y a 4 ans environs. J’ai commencé à lire des forums spécialisés, à m’intéresser aux différents vendeurs, aux constructions, aux qualités de cuirs … Une fois ces informations assimilées, je me suis lancé dans divers achats, Loding, puis Markowsky, Septième Largeur, Altan … mon goût et mes connaissances se sont affinés au fur et à mesure du temps au point de reconnaître à l’œil et au toucher un produit de qualité d’une médiocre réalisation (et croyez moins le plus cher n’est pas le meilleur …).

Alors lorsque j’ai eu l’opportunité d’avoir mes premières cordes japonaise et de les préparer moi même, c’était l’occasion d’approfondir ma connaissance et ma compréhension d’un pan du Kinbaku. C’est important pour moi, plus que la provenance, la qualité de la réalisation, savoir différencier au toucher, au son, au ressenti, ce qui est bon, ce qui me conviendra.

Jusqu’ici j’utilise des cordes en chanvre achetées sur le net, qui me semblent agréables pour mes entraînements, mais je n’ai pas vraiment de points de comparaison, si ce n’est les cordes en jute japonaise que j’utilise lors de mes cours, qui me semblent totalement différentes, plus fines, plus fluides et maniables. Pour L’Onirique aussi le ressenti est différent. Mais elle c’est le chanvre qui lui plaît, plus sensuel sur peau, un ressenti plus fort …

100m de corde japonaise à divers états de préparation

 

Me voici donc l’heureux propriétaire de 100 m (arg … c’est beaucoup quand même quand on les reçoit) de corde brute. Enfin brut, non, j’ai eu la chance d’avoir eu les deux premières étapes de faites pour moi (merci Alex 😉 ).

 

Ces étapes sont toutes très minutieuses, c’est un travail colossal, mes bras s’en souviennent, qui va mettre à rude épreuve votre passion pour la corde. Voici la procédure que j’ai suivi, il y en a probablement d’autres.

1) Bouillir les cordes. Pour éliminer les produits chimiques de celles ci. 1 à 2 minutes suffisent pour éviter de les gorger d’eau et de les faire gonfler / détendre inutilement.

2) Sécher en tension, c’est important, toujours pour conserver le diamètre initial et les torons.

Corde brute lavée 

3) Frotter un brin contre un autre, pour enlever un maximum de fibres qui dépassent et rendre la corde plus souple. L’opération réduit légèrement le diamètre de la corde, mais peut si elle est mal faite également la détoroner. Cette opération demande beaucoup de force physique.

Frottage
Corde frottée
4) Cirer les cordes uniformément. Une cire naturelle est recommandée.
Application de la cire
5) Brûler. Opération très sensible qui peut évidement marquer définitivement la corde. Il faut à la fois brûler les restes de fibres qui dépassent, faire fondre et pénétrer la cire dans la corde, assouplir et resserrer la corde. C’est l’étape la plus fine, qui demande beaucoup de ressenti, pour savoir à quel moment la corde est bonne où non.
Corde brûlée 

6) Huiler les cordes avec une huile végétale ou animale qui ne rancit pas, choisie selon la préférence du préparateur. En très petite quantité, pour juste un peu plus de gliassance et de douceur

 

 

Force, patience, minutie, il y a là de quoi faire un véritable exercice de méditation. Ne pas se précipiter (certainement ma plus grande erreur sur mes premiers essais), comparer, accepter l’échec, recommencer, améliorer …

Et voilà !

Cordes prêtes à être utilisées
  
Ceci est la méthode que l’on m’a enseigné, je l’ai au fur et à mesure de la préparation adaptée pour obtenir des cordes les plus douces possible. Et comme je ne suis pas très fort au frottage, je le double à l’étape 3 et j’en refait un après l’étape 5 (soit 3 fois sur l’ensemble de la longueur). J’obtiens ainsi des cordes qui me plaisent parfaitement.

Retrouvez d’autres tutoriels sur le shibari ici : https://boudoirshibari.com/category/tutorial-shibari/

Le shibari reste une pratique dangereuse et je vous conseille de l’apprendre dans un lieu sécurisé avec des professionnels. Un tutoriel ne vous donnera jamais les tensions exactes à appliquer sur les cordes ni ne corrigera vos erreurs. Il existe plusieurs structures en France qui donnent des cours, n’hésitez pas à vous rapprocher de l’une d’entre elle pour apprendre et vérifiez qu’elle dispose bien des assurances adéquates pour exercer.

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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12 commentaires sur “Tuto shibari : préparation de mon permier jeu de cordes japonaises

  • Inna

    Une note fort intéressante car instructive !.
    Le visuel associer aux mots, permet de comprendre toutes les étapes nécessaires.La mise en œuvre explicite révèle un travail de longue haleine mais aussi de patience et rigueur où cérébral , physique et sensibilités sont conjugués. Les mains créent , la tête pense , n’est ce pas là le propre du BDSM ..:)
    Une belle satisfaction que de tenir dans ses mains le fruit de son travail pour en libérer en encordant toute la quintessence .

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Merci pour ces jolis mots Inna.
      Je trouve qu’il est important de montrer, de toucher, de savoir reconnaitre un materiel de qualité et bien conçu. C’est important de ne pas utiliser n’importe quoi et c’est encore plus important de ne pas laisser n’importe qui faire n’importe quoi n’importe comment, le BDSM n’est jamais une pratique innocente, si elle implique beaucoup de cérébral, le physique est aussi fortement sollicité et ne peut l’être qu’avec un matériel approprié. Je ferai une note sur le martinet prochainement dans le même esprit.

  • Nicolas

    Bonjour.

    Merci pour cet article. Je viens de recevoir un jeu de deux cordes en jute pas préparées et j’aimerais avoir quelques informations (en complément de votre article – déjà très clair, merci!) notamment au sujet de la marque de la cire utilisée et de l’huile. Où pourrais-je en acheter?

    D’autre par, quelle est votre technique pour sécher la corde en tension sans laisser pendre sa corde au dixième étage de son immeuble (je vis au second héhé!).

    D’autre part, pourriez-vous m’indiquer (via mail éventuellement) un endroit où je peux avec certitude acheter des cordes de qualité. J’aimerais avoir une adresse sûre, à titre d’information si jamais je ne suis pas convaincu par mes cordes (et aussi parce que j’aime bien la façon dont est tresser la vôtre dans l’exemple 🙂 ).

    Merci pour votre article!

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Bienvenue Nicolas,
      bien évidemment il s’agit d’une méthode de préparation, il y en a certainement d’autres tout aussi bonnes. Vos cordes sont en jute, très bien. Par contre si vous souhaitez aquerir des cordes en chanvre je crois que la méthode de préparation est différente (notamment sur la cuisson) à vérifier avec des spécialistes de cette matière.

      Pour la cire, prendre de la cire d’abeille 100% naturelle, sans adjuvants (colorants, conservateurs ou je ne sais quoi qui peuvent irriter la peau), vous en trouverez en magasin bio notamment, j’en ai trouvé au BHV également (rayon ébénisterie).

      Pour le séchage des cordes, peut être avez vous une rambarde de balcon ou quelque chose de similaire pour la tendre dessus en plusieurs tours et y attacher un poids (une caisse à outil fera l’affaire !) pour garder une tension constante dessus. Il va falloir faire preuve d’imagination 😉

      L’huile que j’ai utilisée est une huile de camélia japonaise (huile pour cheveux de femmes !) j’aime beaucoup l’odeur mais c’est cher, il est possible de la trouver en petit flacon (40ml) en import sur Amazon. D’autres huiles naturelles peuvent tout aussi bien convenir tant qu’elles ne rancissent pas. Demandez en magasin bio. Là aussi attention aux allergies éventuelles, testez avant sur la peau et surtout utilisez avec parcimonie. Deux gouttes suffisent pour une corde de 8m.

      Pour trouver des cordes de qualité en jute de grossiste c’est plus problématique. Elles sont généralement vendues par les fournisseurs en rouleaux au poids (1 tonne !!!). Les bobines japonaises sont ramenées de voyages par des passionnés (c’est le cas de la bobine de 100m que j’ai acquise) et proviennent de grossistes de Tokyo. Je n’ai pas encore trouvé d’adresse fiable pour une commande sur le net malheureusement. Il reste toujours l’option de les acheter à des revendeurs (la majorité des attacheurs en revendent mais à des prix souvent élevés, aux environ de 20€ la corde de 8m, je n’en conseillerai pas ne les ayant pas testées et c’est aussi une affaire de préférences personnelles).
      Pour le chanvre c’est plus facile, celui ci étant utilisé dans les bateaux, on en trouve sur les ports, en grande surface de bricolage …

  • Nicolas

    Merci pour tes réponses…
    J’ai lu quelque part qu’on pouvait éventuellement acheter de grosses cordes en chanvre dans des magasins de brico et les préparer nous-même (et même les subdiviser en filaments plus petits) et que ça donnait le même résultat.
    Qu’en penses-tu?

    D’autre par, si le chanvre est plus facile à trouver (si j’ai bien compris), pourquoi certains prennent des cordes en jute? J’entends souvent dire qu’il y a l’un ou l’autre… mais je n’ai pas encore eu l’occasion de savoir ce qui dans la pratique va distinguer l’une et l’autre…
    D’autre par (encore… c’est la dernière question héhé!), j’ai vu sur des sites spécialisés qu’ils vendaient des cordes « déjà préparées ».
    Pour 29 euro les 10 mètres (c’est le prix que j’ai payé mes cordes en jute) de chanvre.

    C’est crédible de laisser aux vendeur le soin de les préparer eux-même? ça se fait? (sachant que je suis plutôt débutant..)

    Bon, en tout cas, merci déjà de tout tes éclaircissements!
    C’est plus limpide pour moi.

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Il me semble plus sûr d’acheter une corde du diamètre souhaité.

      La jute et le chanvre ont des poids, texture, résistances différentes, c’est une
      question de feeling entre les deux. Les matieres naturelles présentent moins de risque de brulure pour la peau que les matieres synthétique. La jute est la corde traditionnelle au Japon. Mais là bas on l’utilise parce que c’est la moins chère et la plus facile à se procurer ^_^

      un rouleau de 100m de chanvre brut coûte moins de 50€. A toi de voir selon ta motivation, le temps que tu souhaites consacrer à cette pratique … si le jeu en vaut la chandelle. c’est un investissement en temps. Peut être pour des premiers jeux de cordes, des toutes prêtes sont plus simple. Si tu as l’occasion de les toucher pour tester avant c’est mieux, pour t’assurer qu’elle te conviennent (et surtout à ton/ta modele).

  • Nicolas

    Rebonjour!

    Une dernière petite question:
    Lors de l’opération de passage à la flamme, est-ce qu’une flemme de bougie suffit? Le jaune de la flamme ne risque-t-il pas de faire noircir la corde cirée?
    Merci encore! J’ai bientôt fini ma préparation!

    • Emmanuel Créateur
      Emmanuel Créateur Auteur de l’article

      Effectivement la bougie risque de faire noircir, il vaut mieux une flamme bleu. il y a des petits réchaud à gaz à Décathlon par exemple pour un prix modique qui conviendront parfaitement, et bien essuyer avec un tissus juste pares pour enlever toute trace de noir.

  • Nicolas

    Et, juste une petite remarque: J’ai acheté des cordes non préparées par manque de choix. Mais à mesure que j’avance dans ma préparation, j’ai la sensation qu’il y a quelque chose d’absolument satisfaisant dans le fait de préparer soi-même ses cordes. Un peu comme les préliminaires…
    Et c’est comme si on prenait le temps de les appréhender.
    Alors pour ceux qui hésitent pour la première fois, mon avis de novice est qu’on trouve une grande satisfaction au processus, malgré les apparentes contraintes.

  • Comte de Noirceuil

    Etant donné que je suis totalement novice en la matière, je découvre avec intérêt cette phase du Kinbaku et je me dis que je me suis lancé peut-être un peu vite dans l’achat d’une corde « coton » pour débutant, bien que j’espère évoluer et découvrir les plaisirs de préparer aussi un matériel de qualité. Merci pour cet article.