Ma découverte des cordes [3/4] 7


Ce premier cours je le répète, je le révise régulièrement. je me bloque aussi toujours sur les mêmes choses. Un nœud en particulier, parfois j’arrive à le faire à l’instinct, souvent quand j’essaye de le théoriser, je me trompe ou du moins en ai je l’impression.
Ca me semble moche, je n’arrive pas à crocheter les cordes avec l’index.
Pourtant en démonstration cela à l’air si aisé, si fluide, si naturel. Qu’est ce qui peut bien bloquer?

Et plus je bloque, plus je stresse, moins j’avance.

J’arrive tout de même à m’entraîner sur les figures de bases, une fois le blocage sauté, je commence à prendre de l’aisance. Les manipulations sont longues, laborieuses et loin être parfaites mais j’avance.
Je commence à mesurer le travail qu’il me faudra fournir pour arriver à ce dont j’ai envie. Je me fixe un but, je n’en démordrai pas, j’en fais une question d’honneur, je veux y réussir, je veux aller le plus loin possible. Rarement je n’ai mis autant d’ardeur dans une activité, cela me fait du bien d’avoir cet objectif, je sens revivre en moi des choses que j’avais perdu depuis longtemps. Pourquoi les cordes? sans doute à cause du Japon, je ne saurai l’expliquer, mais c’est en moi je le sens. il y a quelque chose qui m’attire et m’intrigue dans cet objet, je veux le dominer, le maîtriser à la perfection, je veux surtout être digne de lui.

Alors je vais continuer à m’entraîner.

Et puis lors du second cours, je me bloque à nouveau bêtement, je pars dans ma folie, dans ma prison mentale, rien n’en sort, je suis tellement frustré de ma maladresse. Il me fallait ça, quelques mots, un déclic, rien, juste une présence bienveillante pour que tout se libère. J’ai compris, le verrou mental a explosé d’un coup, je sais faire. Je découvre aussi un monde de possibilités, de toute ce que la corde maîtrisée va pouvoir me permettre de faire, en domination, en exercice de pouvoir sur le corps de ma soumise. Cela semble infini et jubilatoire. J’y réussirai dès le lendemain.

La soirée se termine sur une découverte des fouets single tail (je découvre les sublimes créations de Joe Wheeler, jamais un objet ne m’a autant inspiré de puissance et de crainte à la fois) mais c’est un martinet dit Cat O’ Nine Tails de Heartwood Whips qui m’attire immédiatement l’œil. J’avais envie d’un tel martinet depuis longtemps c’était l’occasion rêvée d’en essayer de magnifique facture. J’y ai pris un plaisir rare, guidé par les conseils avisés de mes deux professeurs ce fut un moment magique, hors du temps.

Ce fabriquant n’existant plus je demande conseil pour un artisan au savoir faire proche. Ressort Victor Tella. Le nom m’évoque quelque chose, je ne sais quoi pourtant il m’est familier. Ce n’est que le lendemain que je compris pourquoi, il s’agissait du fabricant du martinet que j’évoquais en tout début de la seconde partie de ce récit. Je l’ai donc immédiatement commandé, porté par cette nouvelle coïncidence bien troublante.

Image d’illustration d’un Wildcat de Victor Tella, le mien sera noir et violet avec un autre motif de tressage, je serai probablement livré en mars 2015
A suivre …

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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7 commentaires sur “Ma découverte des cordes [3/4]

  • Anonymous

    De MarieMouillette

    Comme je vous comprends , moi qui n’ai pas encore la force d’être comme cela

    qu’il est gratifiant de voir que de belles coïncidences concourent à faire de votre expérience commune
    de vos attentes
    de vos préparations minutieuses
    un VéCU FORT même s’il est encore imparfait
    surtout s’il est encore imparfait

    Les beautés des pratiques exigeantes résident aussi dans leur quasi inaccessibilité de maîtrise complète

    la complétude et les efforts
    sont d’excitants moteurs
    …… même pour les « invités » lointains 🙂

  • In Amore e Mente

    J’aime ce texte, et l’humilité de l’homme qui en ressort .Il est rare de lire dans le blog d’un Maitre , ses propres interrogations , ses doutes intérieurs face à la maitrise d’un Art quel qu’il soit
    D’ordinaire c’est  » je sais , ma pratique vient du fond des âges « et blablabla ..sourires
    La corde est un outils fascinant , bien que souple elle apporte la rigidité au corps , elle se déplie pour mieux plier la chair.Des liens tangibles comme le prolongement de bras enserrant la soumise ,d’un je suis là pénétrant l’épiderme ..

  • Emmanuel Créateur

    Merci Inna 😉
    Effectivement si c est pour faire comme tout le monde, se présenter comme un dom tout puissant … Ça n’aurait pas d intérêt pour moi, ce ne serait pas moi tout simplement et d autres le font certainement bien mieux.
    Le blog, j y consigne des bouts de moi, pour ne pas oublier.
    La corde est fascinante aussi comme objet multiple, clonable à volonté, qui s’assemble et se défait pour des réalisations toujours renouvelées, c’est infini à partir d un objet si simple et pourtant plein d’âme. Ça me fascine, d autant plus que c est chargé d’histoire.

  • Elealex

    La corde est ce que l’on en fait… Pour certains elle sera un simple instrument servant à les mettre en valeur. Je ne pense pas justement que la valeur de la corde réside là. La corde façonne. Les corps en les mettant en valeur et en accentuant leurs courbes, le mental en imposant parfois l’immobilité, ou en voguant à contre courant des désirs de la personne attachée pour mieux l’amener à autre chose. La corde façonne aussi l’attacheur, elle enseigne la patience, la justesse, oblige à se mettre à nu et surtout…elle donne une bien jolie nuance au mot « sadisme ». Merci de tes mots Emmanuel.

  • Emmanuel Créateur

    Quel plaisir d’apprendre que vous avez lu mes mots tous les deux ! Et c’est très intéressant ta vision des cordes, je comptai justement poursuivre cette série de ressentis sur le plaisir et les sensations que me procurent l attachement. Et ma réflexion m’a mené vers le mot « combat ». A la fois contre soi même, donc les notions de rigueur, de maîtrise que tu évoquais, mais aussi combat contre le corps du modèle que l on veut modeler à sa guise, même avec un abandon total, l inertie du corps me semble toujours jouer contre la vision de l attacheur.

    Je suis totalement fasciné par tout ce que cela m’évoque je vais continuer d’écrire sur les cordes un petit moment encore. Merci pour la passion transmise.