Sous le soleil de Sade – Musée d’Orsay [Expo] 2


Connaissez vous Sade ?

Vous avez peut être déjà votre opinion, tendancieux, modèle à suivre, pervers, criminel … Que sais je encore …
Mais l’avez vous réellement lu, au moins un ouvrage, connaissez vous son histoire, les idées et les idéaux qu’il a souhaité défendre ?
Saviez vous que de nombreux artistes qui lui ont été contemporain ou postérieur ont défendu des idées similaires aux siennes.
Vous exécrez / adulez / ignorez Sade, mais que pensez vous de Nietzsche, Balzac, Picasso, Rodin, Delacroix, Courbet, Fragonard, Ingres, … ?
Voilà l’occasion rêvée de confronter tous ces artistes, auteurs, peintres, sculpteurs, dans leur vision du monde violente, violente car forte de désirs, d’émotions, d’idéaux, de dénonciations. Sensuelle aussi. Mais pas que.

L’exposition commence par une sélection de films. le ton est donné, Sade sera omni présent, mais ne sera pas au centre de l’exposition. La relation à soi, au corps, à la religion. La domination, la perversité voilà ce qui vous fera réfléchir pendant cette balade au fil de sept salles, comme autant de thématiques majeures abordées dans les écrits de Sade.

L’exposition commence ainsi :
A déclarer : «  la cruauté n’est autre chose que l’énergie de l’homme que la civilisation n’a point encore corrompue » Sade constate ce dont l’histoire de l’art n’a cesser de témoigner. Cette violence y aura même été un constant sujet de fascination. Seulement, Sade est le premier à montrer que tous les prétextes sont bons pour la représenter et en même temps la justifier.
ce qui revient à dire qu’un crime est un crime et, du coup, à mettre en question les bases spirituelles, morales, politiques de l’édifice social comme son ordre esthétique, servant à contenir et maquiller la violence nue à dans les plus célébrées de nos conduites.On ne le pardonnera jamais à Sade. 
Pourtant, Goya, Géricault ou Delacroix vont lui donner raison, dans la mesure où son propos rencontre et renforce un processus de laïcisation du mal, en train de travailler la peinture avec les progrès de l’incroyance. Les frontières se brouillent entre l’humain et l’inhumain. La représentation commence à en être bouleversée.

plus encore, en éclairant ce qui lie meurtre et bravoure, marthyrologie et cannibalisme, animalité et étreinte …, Sade souligne le plaisir qui y est pris et en révèle l’origine sexuelle : « la férocité est toujours ou le complément ou le moyen de la luxure ». Au point d’annoncer sinon précipiter la réactualisation et la radicalisation du thème de l’enlèvement, que le XIXe siècle va libérer de son cadre mythologique, pour affirmer une violence sexuelle dont, par exemple, Füssli, Degas, Cézanne ou Picasso n’hésiteront pas à figurer la dimension criminelle.

Cette introduction m’a beaucoup plu, puisque c’est la ligne que je défends face aux détracteurs de Sade et d’autres œuvres tout autant licencieuses.

Et voici ma petite sélection personnelle qui m’a particulièrement plu :

Edgar Degas – Scène de guerre au moyen âge
Un tableau plein de mystères puisque n’y figure pas une scène de guère mais de chasse, des hommes blasés, des femmes martyres issues d’études de nus faites précédemment par Degas… 

Jean Galbert Salvage – Tête de l’Apollon 
Un écorché sculpté  comme une interrogation sur la composition même de la beauté
 Alfred Kubin – La grande tête
Toujours la multiplicité de ce qui nous compose, j’aime particulièrement cette thématique.
« Voir souffrir fait du bien, faire souffrir plus de bien encore »
Friedrich Nietzsche
Johann Heinrich Füssli – Le silence
Une peinture qui m’évoque à la fois le désespoir pur, peut être un fantôme, l’abandon. Mais aussi l’intégrité, plutôt se murer dans sa position que de se laisser corrompre par l’extérieur.
« La volupté mène a la férocité »
Honoré de Balzac
Fragonard – Buste de femme 
Un écorché, modèle pour un cours de médecine probablement, réalisé sur un corps humain par injection. L’occasion de s’interroger encore sur ce qui nous compose, en particulier l’immatériel qu’est l’esprit, le sentiment …
[ Je n’ai pas trouvé trace de ce tableau sur le net, allez voir l’expo du coup 😉 ]
Miller – Femme dénudée examinée par deux hommes
Imaginaire très type du BDSM, une femme nue, deux hommes en costumes, figure d’autorité, qui la bafoue et l’humilie.
Dora Maar – Le simulateur
J’y ai plutôt ressenti la folie, pure, quasi – oppressante, peut être celle du mensonge du simulateur ?
« Aucun homme ne devrait se marier avant d avoir étudier l anatomie et disséqué au moins une femme »
Honoré de Balzac
Odilon Redon – A travers ses longs cheveux
Un homme (ou une bête à corps humain) fouettant une femme à la sensualité exacerbée. Le titre m’évoque l’excitation ressentie en tant que dominant en recherchant les larmes qui coulent sur le visage de ma soumise. 

Également des œuvres qui ont déjà servi à illustrer des articles de ce blog, comme :
les photos de Hans Bellmer
Le sommeil de Gustave Courbet

Si cette exposition ne vous fait pas aimer Sade, et ce n’est pas son objectif, au moins vous fera t elle réfléchir à des thématiques qui lui ont été chères. C’est déjà beaucoup pour une œuvre tant chargée d’à priori. 

Vous trouverez ici une autre critique intéressante de cette exposition :
http://next.liberation.fr/arts/2014/10/17/sous-le-soleil-de-sade_112408ainsi qu’une autre exposition autour de Sade proposée par Encore Accord :
http://www.evous.fr/Sade-et-l-eventail-des-libertinages-XVIe-XXe-siecles-fin-septembre-au-musee-des,1187319.html

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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