Violence symbolique 4


Hôtel Plaza Athénée – Paris

Je me suis toujours demandé pourquoi une majorité de clubs libertins sont dans un décor rudimentaire, si peu sensuel. Qui ne préfère pas batifoler dans la suite qui illustre ce billet plutôt que sur un matelas en Skaï jeté au sol?
Pourquoi cette offre n’existe (quasiment) pas ou alors est limitée aux soirées privées de petits groupes pré établis?


La violence symbolique permet l’institutionnalisation d’un pouvoir méconnu. Ce pouvoir, c’est le pouvoir de violence symbolique qui parvient à imposer des significations comme légitimes en dissimulant les rapports de forces qui le sous-tendent.
Cette violence symbolique, selon Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, s’exerce avec le consentement implicite des dominés, car ceux-ci ne disposent, pour penser cette domination, que des catégories de pensée des dominants.
La violence symbolique s’instaure par le biais de l’action pédagogique, mais également de toute institution légitime, comme la télévision, le cinéma, les journaux. On voit ici que la légitimité des institutions est variable selon les individus et selon le temps.
La notion de violence symbolique renvoie à l’intériorisation par les agents de la domination sociale inhérente à la position qu’ils occupent dans un champ donné et plus généralement à leur position sociale. Cette violence est infra-consciente et ne s’appuie pas sur une domination intersubjective (d’un individu sur un autre) mais sur une domination structurale (d’une position en fonction d’une autre). Cette structure, qui est fonction des capitaux possédés par les agents, fait violence, car elle est non perçue par les agents. Elle est donc source d’un sentiment d’infériorité ou d’insignifiance qui est uniquement subi puisque non objectivé. La violence symbolique trouve son fondement dans la légitimité des schèmes de classement inhérents à la hiérarchisation des groupes sociaux.
La violence symbolique n’est pas simplement un endoctrinement ; elle exerce la fonction d’un maintien de l’ordre, sans que le sujet qui l’exerce s’en aperçoive consciemment.
Extrait de la page Wikipédia consacrée à l’ouvrage de sociologie coécrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru en 1970 : « La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement ».
Petite illustration de ce concept : se balader place Vendôme ou rue Saint Honoré et être simplement mal à l’aise car ce n’est pas des commerces et des prix « habituels ». L’idée de rentrer dans une boutique génère un sentiment d’oppression fort et de rejet (bien évidement cela ne concerne pas les 10% les plus aisés de nos concitoyens).
Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon développent cette notion aussi dans de  nombreux ouvrages.
Vous lisez encore ?
Quel rapport avec ce blog ? Mais tout voyons ! Le libertinage, la mode, même la nourriture, n’avez-vous jamais pensé, « non, ça n’est pas pour moi » ?
Peut être parce que vous avez intériorisé ces notions et qu’implicitement vous vous limitez à ce qui vous semble être fait pour vous.
Peut être aussi par peur de ne pas savoir connaitre les codes ou de faire preuve de l’élégance requise dans ces lieux de sensualité. Ou de côtoyer des personnes qui vous seraient par bien trop d’aspects différentes. Ce dernier point étant le plus intriguant quand on sait le peu de mots échangés avant ou après l’acte dans une majorité de clubs libertins.
Le club humide offre d’ailleurs un certain sentiment de neutralité sur ce plan, puisque débarrassé de ses atours qui sont bien souvent aussi (surtout?) vecteurs de symboles d’appartenance à un groupe social, hiérarchique ou financier en plus du rapport de séduction qu’ils génèrent. Il est, de mes lectures sur les forums libertins, bien souvent préféré par les débutants qui y voient un lieu beaucoup moins contraignant qu’un club sec où la préparation et choix de la tenue prends une place prépondérante.
Alors le club lambda se doit-il d’être une accumulation de clichés simpliste pour rassurer le chaland et assurer sa rentabilité commerciale ?
J’ai longtemps cru que ce n’était qu’une volonté de faire de l’argent facilement qui poussait à un investissement minimal.
Je crois désormais qu’il y a également un aspect psychologique indéniable visant à convenir à une majorité, l’élégance et la subtilité sont peut-être jugées trop sélectives et clivantes, tant par les gérants que par les libertins eux-mêmes.
Si c’est le cas, je ne peux que déplorer cette situation, heureusement il y a encore quelques lieux qui n’ont pas fait ce choix.

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels

Amateur d’arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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4 commentaires sur “Violence symbolique

  • waid

    A quand la privatisation du spa du plazza Athènnee pour une soiree humide chic ?

    Je savais que l hôtel avait réouvert je voulais explorer ses toilettes pour ma série hôtel d un après midi

    • Marie Mouillette

      Emmanuel Créateur, je veux bien vous accompagner dans un de ces lieux chic et classe ; mais n’ayant pas le budget et n’acceptant pas de kdo si personnels je vs inviterais en tte simplicité ds ma cabane avec vue mer P.s j’ai trouvé une eau de toilette musquée en osant franchir la porte d’un style de lieux que vous évoquez ; nicheriez vous votre visage ds mon cou pour en sentir les effets perturbateurs, sourire

    • Emmanuel Créateur

      @ waid : avec grand plaisir, j’attends impatiemment l’invitation 😉

      @ Marie Mouillette : c’est joli aussi les cabanes près de la mer. L’idée c’est aussi d’oser pousser les portes des endroits où l’on ose pas aller de prime abord, découvrir d’autres horizons, pas forcement de dépenser de l’argent inconsidérément. Si je dois retenir une chose de ma quête sartoriale d’ailleurs c’est bien cela, le qualitatif et l’élégant est souvent meilleur marché que le tape à l’oeil …