Un vendredi d’août [Les Chandelles] 4


Le sommeil, Gustave Courbet, 1866, Petit Palais, Paris


Des années que je collectionne les amantes anonymes.

Cinq ans que j’arpente les clubs libertins.
Des fois je regarde en arrière et je me dis pourquoi ? Pourquoi continuer ? Qu’est ce que j’y trouve ? Quoi d’ autre qu’un plaisir fugace ?
Rares sont les relations libertines, utopiques sont celles qui durent. Du moins les miennes. Je me suis réfugié dans l’anonymat, le club libertin offre la possibilité de tous les possibles sans échanger un mot, alors j’en ai profité, abusé jusqu’à en faire une normalité.
Et puis tout ça n’a plus trop de sens parfois. L’angoisse de la solitude, du vide. Alors pourquoi ? Qu’est ce qui me pousse, ne suis je qu’une vile créature irrémédiablement attirée par la lumière qui va la tuer ?
Ce soir la je regarde ces deux divines créatures, à faire baver d’envie des mannequins de mode. Je regarde aussi ce vieux libidineux bedonnant et chauve qui les accompagne. Je ne me pose qu’une question : combien ? Peu importe je ne les reverrai pas de la soirée. Et puis il y a ce jeune couple qui dénote dans cet univers trop uniformisé. Je ne vois plus qu’eux, j ai envie d’eux inexorablement.
Premier contact au petit salon écourté. Frustration.
Tours et détours, pas d’attrait, pas de magie.
Pas de concession, ne pas se contenter de ce qui serait possible. Jamais.

Et dans l’intimité de deux tentures entrecroisée rideau, elles se retrouvent, L’onirique et la Jouvencelle se sourient, se lient d’amitié. C’est sa première fois, elle est intimidée mais veut recommencer.

Nouveau départ au grand salon. Initiation de femmes.

C’est la valse des nombres, 6 puis 2 (femmes), 3, 4, 8, 6, 6 mais avec deux variations, et puis des 3 , des 4, des 5 aussi. Allez savoir …
Trop de variations pour suivre réellement. Peu m’importe le qui et le comment tant que le pourquoi est commun.

Je me laisse emporter et je me souviens, c’est pour cela, pour cet instant où tout disparait que j’aime tant libertiner. Pour cet instant ou l’espace et le temps disparaissent, pour ce moment « blanc » où plus rien n’importe, où le corps s’envole et seules les sensations restent, les langues qui se mêlent, se fouillent, les mains qui explorent, les feulements, les soupirs.

La Jouvencelle a depuis longtemps sombré entre les bras de L’Onirique, Moi je découvre ceux d’un beau barbu. En trio avec sa compagne, le point d’attention s’est déplacé d’elle à lui. Les doubles fellations n’en finissent plus, seuls les acteurs varient avec une régularité métronomique.

Quelques spectateurs viennent admirer. Je reprend mes esprits, je ne pensais pas expérimenter la bisexualité en ces lieux, pourtant c’est quelque chose qui me fait envie depuis longtemps. Je ne l’ai jamais vu pratiquée ici, et je m’étonne que d’autres hommes regardent la scène. Pourquoi la bisexualité masculine reste si tabou alors que manifestement elle fascine les hommes présents et que les femmes la pratique sans complexe. Diantre les libertins seraient ils si conformistes et si peu libérés … ? (Pardonnez cette petite ironie, j’ai bien évidement mon point de vue sur la question).

Voila de nouveaux participants, l’occasion de tester mon anglais pornographique et de goûter un délicieux accent. La coquine goute un infime instant mon sexe mais ce n’est pas ce qui l’interesse, tant mieux moi non plus.

– You wanna fuck?
– Yes
– You have a condom?
– Yes

Back to Basics.

– It’s a little bit … big
Sourires complices
– You’re ok? Slower?
– No it’s ok I’m getting used to it.

J’agrippe ces petits seins délicats, elle semble si fragile sous moi.
Je la trouve touchante lorsqu’elle enfoui son visage dans ses mains alors que les orgasmes torde son corps.

– oh my god
– that was wonderfull
– Really? for me too
Baisers passionnés.

Tiens le club est désert, nos complices à la douche ou en partance. Une dernière danse, une boule coco. Il est cinq heures, Paris ne s’éveille pas.
Les retrouverons nous? Un autre vendredi aux Chandelles …

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Emmanuel Créateur

A propos de Emmanuel Créateur

Couturier des cordes (shibari) et créateur de liens émotionnels Amateur d'arts érotiques et hédoniste au quotidien, japonais dans une autre vie, parfois dandy et souvent gastronome.


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4 commentaires sur “Un vendredi d’août [Les Chandelles]

  • Libertinage Paris

    Joli récit où l’on apprend donc… oups, pardon, mais non, je n’ai pas retenu que la réflexion de la jeune femme sur le côté « taille »…
    Sinon, je vous conseille la lecture de l’excellent « Double vie » de Sophie Cadalen. Elle parle merveilleusement bien de la solitude et du côté anonyme des clubs. Très beau texte.
    Autre question : pourquoi ce blog si rose ?

    • Emmanuel Créateur

      Bienvenue sur ce blog,

      Je savais bien en rédigeant ce passage qu’il générerait une impression d’être prétentieux. Cette femme s exprimait avec force détails et j ai déjà édulcoré 90% des échanges. Pour le reste, je laisserai à celle qui feront ma connaissance de vérifier ou non la contractualité des propos tenus ici ^_^.

      Comme vous êtes la deuxième à me souligner l impression de tristesse / solitude qui émane du texte, c est finalement involontaire de ma part car ce n est ni mon propos ni mon ressenti, j essayais simplement de partager ce qui me donne envie de continuer à libertiner et que je ne retrouve pas dans le BDSM ou ailleurs.
      Merci pour la découverte bibliographique, j irai découvrir cet ouvrage à mon retour de vacances.

      Enfin pour le rose, hé bien j aime tout simplement cette couleur, comme toutes les couleurs chaudes avec une préférence pour le mauve et le bordeaux. Et l image du boudoir, de la préparation physique correspond bien au caractère hédoniste que je veux donner à ce blog évoquant tous les plaisirs que j affectionne (il ne manque que la rubrique Japon que je n ai pas encore abordée).

      Enfin ce texte sera complété d un second où j évoquerai spécifiquement mon expérience avec un homme ce soir là.